Des bollards pour l’abattoir

Montréal, le 28 avril 2014

Tôt ce matin, une jeune femme de 33 ans est décédée. Un fardier, transportant une grue, l’a mise à terre et l’a écrasée. Elle avait fait le choix de se déplacer avec son vélo.

C’est un séisme considérable qui s’est abattu sur la communauté cycliste de Montréal. Un accident révélateur qui donne tout son sens, malheureusement, à l’importance de mettre en place des infrastructures qui intègrent aussi bien le cycliste que le piéton.

Sur la rue Saint-Denis, non loin du boulevard Rosemont, la chaussée se rétrécit pour passer sous un viaduc. Bien que des trottoirs puissent permettre aux piétons de circuler en toute sécurité sous ce viaduc, les pouvoirs publics ont récemment installé des « bollards » afin de dissuader les cyclistes d’utiliser ces trottoirs. Bien qu’ils permettent néanmoins de passer en vélo sur le trottoir qui fait aussi office de piste cyclable, ces aménagements sont plutôt perçus, lors de l’entrée sur le trottoir, comme une barrière ou un empêchement.

Des son côté, le Code de la sécurité routière énonce clairement qu’en cas de nécessité, un cycliste peut utiliser le trottoir. Cela veut dire que, lorsqu’un cycliste met sa vie ou sa sécurité en danger en utilisant certaines voies, il peut alors utiliser le trottoir, sous réserve de ne pas mettre à son tour la vie des autres en danger. Aucun jugement ne nous explique ce que nécessité veut dire dans ce contexte. À notre humble avis, la seule question à se poser est la suivante : « Devrais-je rouler sur cette chaussée avec mes enfants? » Le cas échéant, utilisez le trottoir, et contestez le constat d’infraction dans le cas où un policier zélé penserait qu’une personne se sentirait en sécurité dans des coupe-gorges de la sorte.

Or, puisque les pouvoirs publics ont installé des restrictions à l’utilisation des trottoirs longeant la chaussée de la rue Saint-Denis sous ce viaduc, voici ce qu’il peut arriver. Une jeune femme utilise un vélo, s’engage sur la rue Saint-Denis, passe sous le viaduc à chaussée rétrécie. Un poids lourd arrive à son niveau, cherche à la dépasser. La jeune femme aimerait bien pouvoir trouver refuge sur le trottoir, mais manque de chance, les pouvoirs publics l’en empêchent, à tout le moins l’en dissuadent. La suite de l’histoire est maintenant tristement connue.

Bollards

Qui a eu l’idée d’empêcher la réalisation d’une loi d’ordre public? Qui cherche à mener les cyclistes à l’abattoir à un endroit où rien n’est prévu pour encourager un moyen de transport alternatif inscrit dans une logique de développement urbain dit « raisonnable »? D’où peut bien venir l’idée absurde de penser que cyclistes et piétons ne peuvent s’entendre au point de restreindre ainsi l’utilisation d’un trottoir à un endroit où l’évidence laisse comprendre la « nécessité »?

Malgré le fait qu’il nous faille nécessairement attendre les résultats de l’enquête menée par les services de police, il nous semble néanmoins pertinent de remettre sur la table la nécessité (justement) et l’urgence de développer nos infrastructures de manière à intégrer le cycliste et le piéton. Assurer la sécurité des usagers est sans aucun doute la première responsabilité des pouvoirs publics. Et lorsque cette obligation n’est pas exécutée, il est alors de notre devoir, nous, citoyens, d’interpeler ces institutions. Lorsqu’enfin, les pouvoirs publics agissent avec l’effet de restreindre l’économie de la loi et d’atteindre à la vie et la sécurité des citoyens, notre devoir, alors, est de les imputer des conséquences néfastes de tels agissements.

Une jeune femme est morte ce matin.

Elle avait fait un choix : utiliser un vélo.