Changement de paradigme, le rideau s’ouvre

Montréal, le 22 mai 2014
Ce matin, 11h30, je me présente à la conférence de presse de l’arrondissement du Plateau Mont-Royal ( @LePMR). On y annonçait le nouveau « Plan d’action partage de la route en 5 axes » en grande pompe.

Parmi les élus présents, Richard Bergeron (à titre de chef de l’opposition officielle à la ville de Montréal), Marianne Giguère (à titre de responsable du dossier des transports actifs), François William Croteau (maire de l’arrondissement de Rosemont-La Petite Patrie #rosepatrie), et bien sur, Luc Ferrandez (maire de l’arrondissement du Plateau Mont-Royal).

La genèse de l’action

D’entrée de jeu, Marianne Giguère, ouvrant la conférence, déclarait : « Nous sommes actuellement dans la nécessité de changer le paradigme que nous avons mis en place, à savoir le règne automobile et motorisé sur nos routes urbaines » (je cite dans mes mots). La couleur de l’événement était alors clairement annoncée et je dois avouer que je commençais alors à m’installer bien profondément dans ma chaise pour écouter les propositions mises de l’avant par tous ces élus.

« Parce qu’un enfant qui meurt en sortant de l’école à une intersection non sécurisée c’est intolérable dans notre société », s’exclamait Richard Bergeron, il est temps aujourd’hui d’agir.

Silence dans la salle, émotion, sincérité. L’orateur avait posé les jalons de l’action proposée ce matin, capté l’attention des journalistes présents, alors fin prêts à entendre la messe.

Du courage et de l’audace

Le plan d’action qui nous a été soumis alors doit être qualifié d’audacieux, de courageux, et de véritable plan d’aménagement urbain valorisant et représentant l’ensemble des usagers des infrastructures de notre ville.

Réduction des limites de vitesse à 30 km/h sur l’ensemble des rues résidentielles, réduction à 40 km/h sur les artères principales. Élargissement des bandes de stationnement sur les artères afin d’offrir plus d’espace pour les cyclistes, avant une éventuelle mise en place de bandes cyclables sur ces voies, à en croire les volontés de la ville-centre. Priorité aux plus vulnérables, installation de protecteurs latéraux sur tous les véhicules lourds de l’arrondissement, réalisation de deux vélorues sur Mentana et Saint-André, mise en place de bandes cyclables d’au moins deux mètres de large sur le réseau local, plusieurs mesures qui ne peuvent, à ce stade, que nous réjouir.

Par ailleurs, il nous semble que bon nombre de ces mesures devraient être reprises par Mme la Mairesse d’Outremont, Marie Cinq-Mars! Bien que cette dernière se soit ce matin déplacé hors de ses terres pour annoncer que son arrondissement limitera de la même façon les limites de vitesse autorisée, elle s’est néanmoins bien gardé de rester présente pour la période de questions, dont la première aurait été de savoir ce qu’elle entendait faire sur la rue Laurier, à en croire les paroles du premier journaliste à lever la main. En effet, selon nos renseignements, aucun des projets retenus pour ce réaménagement n’intègre le déplacement cycliste. Pourtant, selon M. Croteau, « le développement économique des quartiers et leur vitalité sociale passe par les aménagements de proximité », c’est-à-dire ceux dédiés au vélo et à la marche. Au surplus, Outremont est pour ainsi dire une des plus spectaculaire zone d’emportiérage de la ville, ce qui ajoute un frein au développement des modes de transport actif dans cet arrondissement.

L’emportiérage pris en compte

En ce qui concerne le problème de l’emportiérage dans les arrondissements que nous qualifierons de « modernes », justement, la largeur des bandes cyclables permettra aux cyclistes de circuler plus loin de la zone de portière. À ce titre, l’arrondissement comme le chef de l’opposition officielle ont semblé très intéressés à ma proposition de marquer les bandes cyclables d’un dessin de portière ou autre pictogramme afin de faire en sorte que chacun des conducteurs qui se stationne ou qui embarque dans son automobile puisse être conscient du risque, jusqu’à ce que le réflexe de regarder autour de soi devienne ancré dans l’inconscient collectif.

Door lane

La responsabilisation de tous les usagers

Sur ce point, M. Ferrandez n’a pas mâché ses mots. Les véhicules lourds, les camions de livraison, et l’ensemble des usagers qui bloquent les espaces réservés aux cyclistes et piétons devront être verbalisés. Bien qu’à ce jour, il y ait un « préjugé favorable » à ces usagers de la part du Service de Police de la Ville de Montréal (@SPVM), il n’en reste pas moins qu’il existe aussi des règles de droit qui doivent être respectées. « On va aider le SPVM à faire respecter ces règlements, comme celui sur le camionnage, et on va aider les réfractaires avec de grosses amendes » conclut sur ce point le Maire du Plateau Mont-Royal.

Encore ce matin, rappelait François Croteau, un cycliste a été blessé par un camion à l’angle de la rue Saint-Zotique et de la rue d’Iberville. Le SPVM doit absolument faire respecter le plan de camionnage de la ville. Et Luc Ferrandez de renchérir : « À chaque accident auquel nous sommes confrontés, la victime était dans son plein droit, celui de circuler sur une route. Mais accuser constamment les automobilistes n’est pas non plus la solution ». C’est donc une question de volonté d’action politique et une question d’aménagement. En ce sens que le Maire Ferrandez exhortait les familles des victimes à réclamer compensation à la Ville de Montréal, afin de recevoir une indemnité égale aux sommes qui n’ont jamais été investies auparavant, tenant ainsi la Ville responsable des accidents et décès récemment survenus.

Respect des règles, solide conscientisation des délinquants, action politique, action militante, encouragement aux organisations comme la nôtre à continuer de soumettre nos propositions, voilà ce qui nous semble être un beau cocktail de mesures prises pour et à l’acquis des plus vulnérables!

Bien évidemment, il s’agit ici du début de changement du paradigme social actuel, et j’imagine que les contestations risquent de se faire entendre très bientôt.

Reste tout de même que ce matin, des élus ont agit, avec la volonté de représenter de manière la plus égalitaire possible, rapidement, l’ensemble des usagers de la route urbaine. À notre avis, il s’agit là d’une preuve d’audace et de courage : « Il faut agir maintenant. Si on le fait, nous devons y arriver, puisque si nous n’y arrivons pas, c’est alors la preuve que nous ne servons à rien. Et si nous ne servons à rien, nous devons alors démissionner » déclarait Luc Ferrandez.

Mettre sa tête sur le billot pour la sécurité des citoyens, en connaissez-vous beaucoup, vous, des élus de ce genre?