La visibilité du cycliste,
un gage de sécurité

Montréal, le 27 août 2014
Alors que le débat commence à montrer le bout du nez, alors que les propositions que nous avons regroupées commencent à être entendues, un autre angle de traitement de la sécurité des cyclistes sur les routes qui s’impose à nous est la question de la visibilité de ces derniers. En effet, c’est bien par le fait que nous soyons visibles et vus que les autres usagers de la route pourront avoir une véritable conscience de l’Autre, de nous, lorsque nous nous revêtons de notre chapeau de cycliste.

Utiliser la voie
Les propositions 6, 7, 9, 12 et 13 de notre mémoire doivent se lire ensemble.

Utiliser la voie de droite plutôt que l’extrême droite de la chaussée, élargir l’obligation pour les véhicules routiers de se suivre en maintenant une distance raisonnable entre eux à tous les usagers de la route, autoriser l’arrêt comme cédez-le-passage (ou « Idaho Stop »), autoriser l’utilisation des feux pour piétons par les cyclistes lorsque la signalisation prévue ne s’adresse pas spécifiquement à ces derniers sont autant de modifications à apporter au Code afin d’assurer la visibilité et la sécurité des cyclistes lors de leurs déplacements.
En effet, prétendre que le cycliste doit se mouvoir à l’extrême droite de la chaussée revient à le considérer comme un non-véhicule, comme une personne de moindre valeur, dont la place doit être proche des égouts.

Au contraire, le Code prévoit déjà qu’une bicyclette est un « véhicule ». À ce titre, l’utilisation de la voie doit lui être accordée. Cela éloignera le cycliste de la zone de portière, tant redoutée par l’ensemble de la communauté routière. Aussi, cette mesure permettra aux autres usagers de la route de constater clairement la présence d’un usager plus vulnérable et de prendre les moyens afin de ne pas entrer en collision avec ce dernier. Ainsi, en maintenant une distance raisonnable et en changeant de voie pour effectuer un dépassement, les autres usagers respecteront nécessairement la « zone de sécurité » indispensable au sentiment de sécurité des personnes à vélo, et favoriseront de ce fait le sentiment de liberté inhérent à tout citoyen. Un cycliste « sur la voie » est donc une personne visible et protégée par les autres usagers; le principe de prudence devient alors une réalité quantifiable.

À titre d’exemple :

Bien que certains prétendent qu’une distance de 1,5 mètres de l’extrême droite de la chaussée soit suffisante au cycliste pour assurer sa sécurité hors de toute infrastructure cyclable, bien que d’autres encore proposent d’inscrire à même le Code le conseil de la Société de l’Assurance Automobile du Québec, à savoir maintenir une distance latérale de 1 à 1,5 mètres lors du dépassement d’une personne plus vulnérable, nous devons attirer l’attention du lecteur sur ce qui suit.

Au Canada, la présomption d’innocence, ça existe. Dans ce cadre, lorsqu’un agent de la paix constate une infraction et la dénonce (c’est ce qu’il fait lorsqu’il remet un billet à un usager de la route), le poursuivant devra être en mesure de démontrer, hors de tout doute raisonnable, l’ensemble des actes reprochés.

Imaginons maintenant un exemple d’application.

Un conducteur d’automobile dépasse une personne à vélo. La loi énonce qu’un tel dépassement doit se faire à au moins 1 mètre en milieu urbain. Quand bien même le dépassement en question serait dangereux, visuellement sous la limite fixée, il n’en reste pas moins que le poursuivant devra avoir une preuve tangible quant au fait qu’effectivement, le dépassement ne respectait pas le fameux mètre exigé. Concrètement, il faudra une mesure reconnue pour que l’accusation puisse être crédible. Après quelques discussions avec différents services de police et autres juges, nous avons pu établir avec certitude qu’une telle limite, bien qu’elle soit louable, ne peut donner naissance à une pénalité confirmée par un tribunal. Finalement, inscrire ce « conseil » dans la loi rendra cette dernière inutile et inapplicable par les forces de l’ordre et n’aura d’autre effet que celui d’une belle parole.

Le cycliste doit utiliser la voie de droite, de manière à être considéré par les autres usagers comme un véhicule, à se maintenir éloigné de la zone de portière ou « door zone », et à forcer les autres usagers à le dépasser en changeant de voie, créant ainsi une zone de sécurité naturelle. L’ensemble de ces propositions est facilement applicable par un agent de la paix, qui n’aura qu’à constater le non-changement effectif de voie pour émettre un billet difficilement contestable. Le Code aura alors les dents qu’il mérite.

Prendre sa place
De la même façon, nous prétendons que le cycliste doit pouvoir démarrer avant le trafic automobile aux intersections. Une telle manoeuvre lui permettra de se placer dans la voie avant l’ensemble des véhicules plus lourds qui ne pourront alors prétendre ne pas l’avoir vu en cas de collision. C’est donc dans ce sens que nous proposons unanimement l’utilisation des panneaux d’arrêt comme de simples cédez-le-passage. Certains vont même jusqu’à pousser le raisonnement plus loin en proposant d’utiliser les lumières rouges comme des panneaux d’arrêt. Sur ce dernier point, nous rejoignons cette opinion, pour les raisons évoquées plus haut : le cycliste doit être un membre à part entière des usagers de la route et doit donc avoir la possibilité de réaliser cette considération. Ce dernier devra respecter toutes les priorités qui lui sont supérieures, notamment et surtout celles dédiées au passage des piétons, sous peine de se voir sévèrement réprimandé.

Pour conclure, nos propositions visent d’abord et avant tout à faire en sorte que, par l’effet de la loi (puisque c’est bien à un débat légal auquel nous sommes parties), le comportement des usagers s’oriente vers la réalisation du principe de prudence repris par l’ensemble de la communauté. Bien que des obligations doivent aussi lui être imposées (ce sera d’ailleurs l’objet du prochain billet), un(e) cycliste dans la voie, c’est une personne protégée par elle-même, mais aussi protégée par l’État et par les autres usagers. Laisser cette personne à l’écart n’aurait d’autre effet que d’assurer son statut de déchet jetable actuellement mis en place par les dispositions actuelles du Code. Des personnes à vélo, non « des vélos », des personnes en auto, non « des autos », voilà bien ce que nous sommes : une communauté de personnes.