crédit : Pierre Rogué

En piste pour 2017 ?

Montréal, samedi 6 février 2016

Alors voilà, c’est fait : Montréal accueillera le prochain Congrès international du vélo d’hiver en 2017. Pour Denis Coderre, l’actuel maire de la ville euro-nord-américaine, le vélo est un « trait de caractère indéniable de la métropole ». Pour lui, « le congrès permettra de consolider la place de Montréal comme leader en Amérique du Nord en matière de vélo quatre saisons ».

Pour les usagers, il semble toutefois que le chemin sera long pour arriver à présenter Montréal comme « leader », ne serait-ce que nord-américain, du vélo quatre saisons.

crédit : Pierre Rogué
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Portraits

Julie est amoureuse de sa ville. Elle la parcourt régulièrement à vélo, pour aller au travail, faire des courses, magasiner, flâner, bref, elle utilise son vélo non pas comme une fin en soi, mais comme véritable moyen de transport. Pour elle, il arrive que « Montréal [prenne] des risques avec la vie de ses citoyens ». S’assurer que les voies cyclables ne deviennent pas des patinoires ne devrait pas être un travail de titan! Julie a le sentiment, parfois, de ne pas recevoir la même qualité de service que ceux destinés aux usagers non-actifs ou motorisés.

Mario est définitivement rompu aux affres du cyclisme d’hiver. Pour lui, aucune raison d’utiliser son auto simplement pour se déplacer de quelques kilomètres. Il vélote pour le plaisir, pour se transporter, mais aussi pour accompagner sa petite fille dans ses premiers coups de pédale. Mario habite sur la rive-sud, à Longueuil. Il utilise le Pont Jacques Cartier chaque jour de la semaine, au moins. Malheureusement, ce lien cyclable pourtant prisé des usagers, reste interdit en hiver, pour des raisons propres à son gestionnaire. Dangereux, paraît-il. Imaginons une seule fois un accident, et que la victime poursuive Les ponts Jacques Cartier et Champlain incorporée! Mario a proposé plusieurs solutions à cet interlocuteur. Il est en lien constant avec lui. Il pourrait passer pour un fanatique, mais en fait, Mario est avant tout un père de famille, qui habite sur la Rive-Sud, qui travaille au centre-ville, et qui se déplace en vélo. Si ce n’est de son moyen de transport, Mario est véritablement l’archétype du travailleur montréalais, sauf que lui, il est obligé d’utiliser un véhicule qui lui est imposé en hiver, le métro.

Martine est cadre supérieure. Elle travaille dans un monde rigoureux, traditionnel, un monde d’élites. Elle est aussi une maman et une conjointe, une mère de famille peut-on dire. Récemment, elle s’est offert un moyen de transport adapté, un vélo cargo. Elle transporte ainsi ses enfants. Bien entendu, Martine aime les voies cyclables qui lui permettent de garder un sentiment de sécurité pour elle et ses enfants, tout en s’assurant une liberté de mouvement qu’elle n’aurait pas avec un moyen de transport non-actif. Martine n’est pas du genre à pester contre les autorités publiques, mais elle reconnait toutefois que le réseau cyclable montréalais montre bien des déficiences. Pour elle, le déneigement / déglaçage des voies cyclables reste encore à améliorer, comme la sécurité aux intersections. Encore, le modèle des bandes cyclables ne lui offre pas toujours le sentiment de sécurité auquel elle s’attend d’une ville comme Montréal.

Sébastien est un cycliste multi-usage. Il peut aller faire le tour de Cuba, seul, parfaitement autonome, comme il peut aller s’amuser à courser le circuit Gilles Villeneuve en été. Mais il est aussi un travailleur qui se déplace en vélo. Il part tous les jours de Ville Saint-Laurent pour se retrouver à Laval. Pour lui, le travail n’est pas fait. Que ce soit sur le Plateau, au centre-ville ou aux bordures extérieures de la Ville, il n’a de cesse de se battre pour que les voies cyclables soient effectivement utilisables quatre saisons. Sébastien considère que si réseau il y a, réseau quatre saisons il doit y avoir, sans détours et sans laxisme, parce qu’il pense d’abord aux enfants, aux familles et aux néophytes. Pour lui, penser le réseau, c’est d’abord le penser pour les autres et non pour soi. On devait s’y attendre, Sébastien est père de famille, propriétaire d’une maison et d’une auto, bref, Sébastien n’a rien de particulier, sauf qu’il se déplace en vélo.

crédit : Pierre Rogué
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Conclusion

Quatre personnes prises au hasard des discussions, quatre usages différents de l’espace public, quatre revendications, parmi tant d’autres.

Dans les années 90 – 2000, Montréal était un modèle à suivre en matière de déplacement à vélo. Difficile à cette époque de ne pas s’émerveiller devant la longueur des voies comme le boulevard  De Maisonneuve, la rue Rachel, ou encore les pistes de la rue Notre-Dame ou celle longeant le canal Lachine.

On n’en faisait pas trop de vélo, en hiver, à cette époque. On s’est reposé sur notre fierté. Puis un jour, on s’est aperçu que de plus en plus de personnes se déplaçaient en vélo l’hiver. Des casse-cou, des téméraires, des irréductibles, des vrais, ou encore des hurluberlus, disait-on.

De nos jours, on parle de Julie, de Mario, de Martine ou de Sébastien. On parle de trentenaires, de quinquagénaires, de septuagénaires, on parle aussi d’enfants qui se déplacent à vélo, en hiver, pour aller à l’école. Tous ces gens que l’on croise aujourd’hui, c’est vous. Vous tous qui, tous les jours, avec la même régularité, avec la même volonté, utilisez une part de l’espace public pour vous transporter avec le véhicule de votre choix.

Qui peut-on bien être, en 2016, au Canada, pour imposer un moyen de transport aux citoyens? Comment peut-on encore prétendre qu’une route est réservée aux véhicules assistés et motorisés? Qui peut trouver cela compliqué, difficile, onéreux ou inutile d’assurer une juste représentation de tous les moyens de transport dans nos villes, de nos jours?

Voici ce que ces gens ne comprennent pas. Pourquoi devrais-je me sentir différent? Pourquoi devrais-je subir certaines formes d’intimidation sur mon trajet? Pourquoi devrais-je tout le temps alerter les pouvoirs publics, afin que des voies de circulation soient « circulables » à l’année?

crédit : Pierre Rogué
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Montréal voudra faire « bella figura » en 2017. Elle devra pour cela modifier ses normes, instaurer des vélo-rues sur l’ensemble du réseau local de transport, cyclabiliser ses artères à l’année, et assurer que ces espaces soient utilisables à vélo, toute l’année. Et nous y participerons tous, comme nous avons toujours su le faire, parce que Montréal, c’est d’abord notre ville à nous!

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