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Montréal, ville blanche

-Montréal, 14 juillet 2017-

Montréal est en blanc ce matin.
Encore une fois. Une autre fois. Une fois de plus, une fois de trop.
On peut élaborer des centaines de théories, imaginer n’importe quel scénario, chercher des responsables, vouloir un coupable, sa tête au pilori, mais ce vélo qui occupera un morceau de trottoir à l’angle de la rue Bélanger et de la 6ème avenue, il sera blanc, et il restera blanc.
Immobile, fleuri, le guidon tourné vers l’espoir, et attaché. Ancré dans son présent, celui de la réalité dont il témoigne, une bien triste rencontre à laquelle il n’a jamais consenti.
Privé désormais de sa partenaire, il rappellera à tout le monde, chaque jour, chaque année, qu’une jeune femme, un jour, est morte ici, broyée des roues démesurées qui hantent trop souvent nos espaces de vie, de paresse d’adapter son véhicule à l’environnement que l’on souhaite intégrer.
De gros véhicules dans de petits endroits, pour quelques voyages de moins; un intérêt personnel sans attention. Une absence de jugement pour le viol d’un espace de vie. C’est la loi du marché, faut gratter le maximum pour en gagner le plus possible.
Subtiliser la vie, laisser le corps blême, livide, et le vélo blanc, pour quelques dollars de plus.
Alors on s’habitue.
Iberville et Rosemont, rue St-Denis, encore vers l’ouest, Montréal ville blanche.
Peinture blanche au sol, sur un vélo, c’est du pareil au même; le vélo à Montréal, c’est un film en blanc, puis en noir.
Cocaïne, quand il n’y en a plus, on en redemande; addicts, on laisse même la qualité aux autres, ceux des Formules, en autant qu’on en ait. Partout : à contre-sens, dans des rues trop étroites, dans les zones de portières, sur les artères denses, maudit que c’est bon.
Il en reste encore d’ailleurs. On arrose des vélos avec, histoire de dire : « La drogue, c’est assez! Des overdoses on en veut plus! »
On se montre, bienséant, à ces funestes cérémonies. On parle, on annonce, on déblatère, sans honneur, sans humilité. Pas grave, on a Vision Zéro dans la poche. On se fiche bien de savoir de quoi on parle, on est des vendeurs de peinture puis on va vous la vendre pas à peu près cette came.
Et après? Et après…
Bien on parle de cohabitation. On parle camions, trucks, métal. On parle… Maudit qu’on parle.
On se rencontre, pour parler, encore et toujours. Tout le monde le sait ce qu’il faut faire autour de cette table. On a tout compris, vous inquiétez pas, on veille sur vous gang de camés, on va vous en remettre une couche histoire de vous relaxer un peu, parce que nous, faut qu’on jase là!
Puis un jour, un trop gros pénètre le trop petit espace, angles morts, cadavre, vélo blanc, fin de l’histoire.