En route vers Montréal cyclable!

Montréal, le 29 mai 2015

Ce vendredi 29 mai 2015 sera désormais une date à marquer au fer rouge dans le calendrier des cyclistes utilitaires montréalais.

Alors que cela était « irréaliste », « insensé », « un rêve » nous disait-on il y a à peine un an, Aref Salem et son équipe municipale nous annoncent aujourd’hui que la rue Saint-Denis devient une rue cyclable.
En effet, sur un tronçon d’environ un kilomètre, la voie de droite se transforme en voie réservée pour les cyclistes pendant les heures de pointe.

Impensable en effet lorsque nous souhaitions, l’année dernière, que cette rue fasse l’objet d’une attention particulière. Enlever les lignes de stationnement et les relocaliser, aménager des voies cyclables séparées, créer un lien nord-sud et sud-nord quatre saisons, tel était notre proposition. Ambitieux, mais comme on dit, ce sont les utopies qui font avancer le monde et non la raison.

cyclable

Ce matin, lors de la conférence de presse sise à la Place des cyclistes au Parc Lafontaine, messieurs Coderre et Salem nous ont enfin dévoilé les projets 2015 – 2016 concernant les voies cyclables. Et devinez quel a été le point culminant de cet événement? Créer une voie réservée aux cyclistes sur la rue Saint-Denis.

Certes cela ne demande pas grand chose nous direz-vous. Le stationnement est déjà interdit aux heures de pointe, le flux automobile est déjà concentré sur deux voies, et quelques rares « pressés » utilisent cette voie de droite, si chère à notre communauté.

Il est cependant des moments où le symbole est plus fort que le projet.

La voie de droite sur une artère majeure, réservée aux cyclistes pendant les heures de pointe, cela signifie d’abord que la Ville reconnait plusieurs choses :

  • Le vélo est un moyen de transport utilitaire viable. Il sert, au même titre que l’auto ou l’autobus, à se déplacer en ville pour aller au travail, tous les jours, et à ce titre il mérite une juste représentation dans l’espace public.
  • La personne en vélo est une personne « plus » vulnérable et elle mérite une protection. Non pas une personne « vulnérable » (terme qui s’adresse par exemple aux personnes à mobilité réduite, aux personnes âgées, aux enfants en bas âge par exemple), mais une personne « plus vulnérable » dans sa relation avec les autres usagers de la route. Leur réserver une voie pleine et entière procède de la reconnaissance de cette relation différentielle en matière de vulnérabilité entre les cyclistes et ceux qui sont protégés par la carcasse de leur automobile.
  • La personne à vélo doit pouvoir utiliser la voie de droite, pleine et entière. Elle évite ainsi les plaques d’égout, les débris et autres crevasses, partenaires de voyage plutôt malsains. Elle devient visible aux yeux des autres usagers moins vulnérables, elle n’est plus confondue dans le décor, elle est un usager comme un autre, avec le droit d’utiliser l’espace public comme les autres, avec le droit d’utiliser les voies de circulation avec son véhicule.
  • On ne dépasse pas dans la même voie. Cette vision rétrograde qui vise à laisser perdurer un conflit d’espace qui porte en lui les gènes de la collision est maintenant révolue. Par l’effet de cette voie réservée, impossible de rouler dans la voie « cyclable » en auto, mais surtout, impossible aussi de dépasser dans la même voie. Même si cela n’est pas explicite, c’est néanmoins l’effet de cette mesure. Le dépassement d’une personne à vélo sur la rue St-Denis s’effectue désormais dans l’autre voie, point.

Alors, voyez-vous, ce n’est peut-être pas grand chose, mais l’effet de cette mesure, en fin de compte, rejoint certains des points les plus importants que nous avions, en communauté (faut-il le rappeler?), soumis au Ministre des Transports dans le cadre de la modernisation du Code de la sécurité routière.

Ce mémoire, nous l’avions aussi soumis à la direction des transports actifs de la Ville. Nous avions fortement insisté pour que ces gens le lisent avec la plus grande attention, ce que n’ont pas fait les gens du ministère, de toute évidence, mais ce qu’ont fait les « gens de la Ville ».

Force est donc en ce jour de reconnaitre que cette mesure montre le début du changement de peau de Montréal.
En apparence, nous avons été entendus, nous constatons aujourd’hui le frémissement du changement.
En réalité, nous sommes maintenant régulièrement consultés sur les projets de la Ville en matière de cyclisme utilitaire.
Bien que l’on ne puisse modifier les comportements et habitudes des gens en quelques jours, serait-ce là néanmoins le début du changement de gouvernance auquel nous aspirons tous?

Espérons-le!

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