Pour un printemps sans Vélo Blanc

Montréal, le 28 mars 2015

C’est au printemps que la vie reprend.
La neige disparait doucement, laissant apparaitre les nids dans lesquels seront déposés les oeufs de Pâques par les poules qui les occupent.
Les citoyens quant à eux commencent à ouvrir leurs fenêtres, procèdent au grand ménage de printemps, nettoient et astiquent leurs vélos, en prévision des trois saisons quand même fort agréables à venir.
C’est le moment où l’on se réapproprie l’espace public, délaissant les sempiternels métros et autres autobus bondés au profit des routes et pistes cyclables trouées, mais aérées.
C’est aussi le temps pour d’autres de pouvoir faire rugir les chevaux qui dorment depuis plusieurs mois sous le capot, réfrénés par la glace et la neige qui ont alors amadoué les bêtes.

Bien que certain-e-s ne se soient pas laissé abattre par un climat hivernal plutôt agressif, Montréal s’éveille …

Ça peut être brutal un réveil.
On l’a bien vu l’année dernière.

28 avril, au petit matin, Mathilde enfourche son Bixi, s’engage sur la rue St-Denis, s’engouffre sous le viaduc, chargée de prêt par un camion-grue.
Dépassement, proximité, conflit d’espace, trop gros trop proche, bang!
Montréal s’éveille …

Le printemps c’est le temps des sucres et de la belle folie. C’est l’heure du vert, des bourgeons, des fleurs et des oiseaux, c’est le moment du rapprochement des êtres. Les terrasses ouvrent, s’épandent, les 5 à 7 s’étoffent, les rires, les contacts et les caresses se font légions, Montréal s’éveille …

C’était pareil l’année dernière aussi.

Après le viaduc, on était tous là, serrés, le coeur chaud, les larmes vives, l’esprit troublé.
Élus, fonctionnaires, citoyens, tout le monde vivait au poul disparu d’une personne devenue symbole.
Discours, vigiles, vélo blanc, fleurs, promesses, « on s’en charge », « plus jamais ça », Montréal s’éveille …

Le printemps c’est le moment où l’on prépare l’été. C’est les projets, les idées qui fusent, les envies et les amours qui s’organisent. Magasinage, redécouverte des espaces, discussions enflammées, détermination des objectifs et réalisations à venir. C’est la floraison des cônes oranges, l’épandage de peinture sur les routes, la redéfinition des espaces.
Montréal s’éveille …

Après Mathilde, c’était encore pareil.

On en a tous parlé du Code de la sécurité routière, on s’est chicanés, on s’est épandus, on a travaillé fort, et on en a fait des propositions.
On s’est assis avec d’autres, des décideurs, des collègues, des amis, il y a même un ministre qui était là.
On a discuté avec nos élus, nos représentants, nos fonctionnaires, et on les a fait nos plans d’avenir.
Utilisation de l’espace public, Idaho stop, emportiérage, aménagements, dépassement, Montréal s’éveille …

Et cette année, ce sera quoi notre printemps?
La même chose?
Un choc, un rassemblement, des promesses et des plans?

Aucune idée, mais on aimerait autre chose.

Pas de choc, pas de vélo blanc, pas de promesses, pas de plans.
Toi dans ton auto, laisse l’espace à ton voisin, toi sur ton vélo, fais pas l’idiot.
Il y a plein d’endroits pour se rassembler et discuter, pas juste des viaducs.

Le 8 avril à 19h30, on peut se rencontrer à l’assemblée de la Coalition Vélo de Montréal, sans pleurs et sans chagrin;
Tous les vendredi, on peut encore se rencontrer à la statue du Mont-Royal le soir, discuter, rouler, s’amuser;
Fin mai, il y a tous les événements de Vélo Québec qui peuvent aussi permettre de se voir et d’échanger;
En même temps, du 18 au 24 mai 2015, la Coalition Vélo Montréal organise la Semaine du vélo urbain qui permet de participer et d’échanger sur tout ce qui touche au vélo en ville;
Et il y a aussi toutes ces balades qu’on organise entre nous, histoire de sillonner le Québec tranquillement, sans heurts.

En fin de compte, il y a autant d’occasions de se rassembler qu’il y a de personnes, pas besoin d’un 28 avril pour ça.

Pour les plans et les objectifs, on peut aussi les décider ensemble.
Pas besoin de personne pour savoir ce qu’on veut faire de notre ville, elle est à nous après tout, on est capable de l’organiser.
Nos représentants eux sont là pour les réaliser nos décisions, pas pour les prendre à notre place.

Mais en attendant, c’est pas en claquant des doigts que ça se modèle une ville cyclable. Faut du temps et faut vivre avec ce qu’on a pendant ce temps-là.

Le printemps ça doit plus être la saison du vélo blanc, ça doit être celle du vélo, point.

One thought on “Pour un printemps sans Vélo Blanc”

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