La Route Verte, un gouffre financier?

Montréal, le 20 novembre 2014

L’éloignement nous laisse souvent bien songeurs, parfois. Profitant d’une période de répit, nous repensons nos actes, paroles ou déclarations, nous réorganisons nos idées. Mais s’il y a bien une chose qui hante continuellement ces derniers jours, c’est cette brusque décision du gouvernement provincial de se défausser de sa responsabilité quant à l’entretien de la Route Verte sur des municipalités qui, malgré leurs efforts, pleurent déjà les tristes décisions qu’elles auront à prendre dans les prochains mois sur ce point.

Nous avons pris le parti de soumettre notre réflexion sous deux angles différents qui ne peuvent cependant pas être dissociés. L’abandon de l’entretien de la Route Verte est en effet un risque considérable pris par le gouvernement provincial qui ne pourra être contenu par les municipalités participantes au développement de ce réseau. Pertes d’emplois, perte de revenus pour la province et pour les acteurs économiques régionaux, perte de dynamisme économique dans les régions sont certaines des conséquences liées à cette décision.

Ce premier billet, d’une série de deux, a pour objectif de déterminer si la Route Verte est effectivement le vecteur économique auquel ses créateurs, à savoir Vélo Québec et le décideur provincial, prétendaient à l’origine. Le second, à venir bientôt, aura pour but de se demander s’il existe un motif valable permettant à l’actuel gouvernement de prétendre agir « en bon père de famille », ou s’il ne démontre pas plutôt, par cet acte finalement bien symbolique, agir selon une certaine idéologie somme toute bien irrationnelle.

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D’une utopie vers un réalisme évident
La Route Verte s’est construite autour d’une vision, d’un rêve, d’une utopie diront certain(e)s. Avoir un réseau cyclable national au Québec qui permette aux citoyen(ne)s de se transporter activement au travers des différentes régions, villes et cultures qui font en partie l’identité du Québec. La Route Verte, c’est en quelque sorte une petite part du patrimoine collectif de tou(te)s les québécois(es), et une part importante du patrimoine de l’État, qui ne se prive pas par ailleurs d’en faire la promotion à l’étranger :

« Enfourchez votre vélo et parcourez les itinéraires de la Route verte qui fait plus de 5 000 km et traverse la plupart des régions du Québec. » propose-t-on aux français; « [L]a Route Verte c’est 4300 km de voies cyclables qui sillonnent les plus belles régions du Québec », mentionne-t-on encore au Ministère des relations internationales et de la francophonie, bien qu’aujourd’hui, il s’agit en fait d’un réseau de 5358 km.

Difficile de prétendre ne pas être fiers de ce joyaux, fruit du travail acharné de Vélo Québec depuis maintenant une trentaine d’années.

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Un investissement très rentable
En termes économiques, la Route Verte, selon le rapport présenté par la Chaire de tourisme de l’UQAM, générait en 2003 environ 29 millions de dollars en retombées fiscales brutes au profit de la province et environ 23 millions de dollars au profit du Canada. On estimait à l’époque que les retombées prévues pour l’année 2006 (lors de l’achèvement de la Route Verte) seraient vraisemblablement de l’ordre de « 38 millions de dollars pour les gouvernements et contribuer[aient] au soutien de 2861 emplois […] ». En 2010, Vélo Québec, mandataire du gouvernement en la matière, déclarait qu’après un investissement de 240 millions de dollars étalé sur une période de 15 ans, les revenus annuels générés par la Route Verte, toutes dépenses confondues, s’élevaient à plus de 100 millions de dollars. Indirectement, ces revenus doublent lorsque l’on inclut les revenus comme ceux liés aux achats d’équipement et accessoires, comme l’achat de vélo et de vêtements ( voir à la page 13 de L’état du vélo en 2010 ).

La Route Verte est donc viable, rentable et reste un vecteur de développement économique sur lequel on peut s’appuyer à long terme.

Une première raison d’écrire au Ministre Poëti, ici, ou , selon votre humeur!

Une solution d’affaire idéale
Il ne nous apparaît pas erroné non plus de considérer que ces revenus sont prévus et prévisible. Un sondage réalisé en mai 2011 auprès d’un échantillon très représentatif montrait en fait qu’environ 90% de la clientèle de la Route Verte est une clientèle organisée qui planifie ses voyages. Par exemple, 70% de ce segment affirme planifier son voyage à l’avance, aussi bien sur le plan de l’itinéraire choisi et des localités et régions à visiter que sur le plan de la réservation de ses hébergements. Les 20% restants voyagent par le biais d’organisations, c’est-à-dire que cette clientèle utilise les services d’agences de voyage. Le voyages liés à l’utilisation de la Route Verte sont donc des activités prévues, organisées et réalisées, un gage de rentabilité indéniable pour toute personne oeuvrant dans le domaine, et comme nous l’avons expliqué plus haut, pour les instances provinciales et nationales.

Plus intéressant encore, et selon la même source, plus de 90% des dépenses engagées par les utilisateurs de la Route Verte dynamise directement l’économie locale des régions. En effet, alors que le voyage moyen constaté a une durée de 6 jours, le total des dépenses déclarées pour 2 adultes avoisine 1300$ par voyage. De cette somme, 600$ sont dédiés à l’hébergement (on parle ici d’hébergements en gite, auberge, hôtel ou camping), près de 400$ sont alloués aux repas et aux boissons, environ 150$ concernent les loisirs et les divertissements, alors que le reste concerne le transport, soit la modique somme d’environ 150$ étalée sur 5 ou 6 jours. Il ne semble pas nécessaire à ce stade de faire état de données chiffrées pour évaluer les sommes destinées à favoriser l’économie des régions lors d’un voyage similaire effectué par la route avec un mode de transport traditionnel lié à la consommation de produits pétrolifères beaucoup moins accessibles. Il est cependant possible de déduire qu’en ce dernier cas, les sommes destinées au dynamisme économique des régions et des localités restent inférieures en terme de proportion, eu égard aux coûts engagés pour le transport lui-même.

L’entretien de la Route Verte est donc crucial. Non seulement de permettre aux utilisateurs de découvrir les « plus belles régions du Québec », ce réseau provincial renforce le dynamisme économique de l’ensemble du Québec, notamment par des revenus fiscaux peu négligeables. Il développe de nouvelles activités mercantiles – selon L’état du vélo 2010 ( p. 12 ) on peut penser ici à l’augmentation de 40% sur 5 ans des établissements d’hébergements certifiés « Bienvenue cyclistes! », ou encore à l’apparition de nouveau commerces, comme la Vélo Gare de Granby – et favorise l’apport de devises étrangères, puisqu’une partie de la clientèle visée provient d’autres pays.

Encore une raison d’écrire au Ministre, ou ici!

Bienvenue Cyclistes

Conclusion
Dans un contexte où l’on cherche à atteindre une certaine forme d’équilibre budgétaire, nous avons affaire en ce moment à un paradoxe très particulier, à savoir supprimer un investissement dont le retour est colossal – la somme dédiée de 2.8 millions de dollars rapporte finalement au gouvernement provincial environ 10 fois cette somme, et ce ratio est d’au moins 100 lorsque l’on intègre les retours indirects – mais on met de l’avant un projet qui n’est pas rentable, qui ne créé pas d’emplois à long terme, et qui nous plonge directement dans un paradigme pourtant révolu pour bien d’autres États, à savoir le prolongement de l’autoroute 19, une perte sèche de 600 millions de dollars, au seul profit pratique d’une poignée de personnes.

Il devient par conséquent légitime, dans ce cadre, de prétendre que le « bon père de famille » que l’on a tant cherché à nous vendre lors de la dernière campagne électorale provinciale s’est subitement transformé en un administrateur dont l’idéologie semble atteindre fortement la raison, favorisant des intérêts particuliers plutôt que l’intérêt de la « famille », celui que la morale de l’éthique appelle l’intérêt public ou général.

3 thoughts on “La Route Verte, un gouffre financier?”

    1. Comment participer a Dévelloppé ce Débat.?
      Cet état je suis en chômage, et j’ai l’intention de pédaler mon été.
      Je suis seul sans argent , mais full équiper pour voyager a Vélo.
      J’étais photographe enregistré, ais le marché ma mis a la perte.
      Retour au sources dépenser 3500$ un Boitier ou un vélo..
      Je fais pas d’argent a Vélo,et pas plus qu’avec la photo, mais au moins le plaisir perdure…
      Je me monte une équipe de pub, et de voyage, de photo, et club de cyclisme bien entendu…
      Tous sa ensemble avec un gars… Sans Investissement??
      Vous croyiez a mon projet, allumer la mèche et contacter moi..
      Au 450-543-3686.. ou Daniel66@videotron.ca
      Je me bat pour la route VERTE..
      ÊTES-vous de ce niveau?
      Daniel.

      1. Vous pouvez faire beaucoup de choses!
        Peut-être pouvez-vous contacter votre député provincial pour lui signifier votre engagement?
        Vous pouvez aussi contacter Vélo Québec qui a bien besoin de support pour sillonner la Route Verte (c’est d’ailleurs payé je crois).

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