Notre mission

Rassembler, hors de leurs mandats, au delà des attentes, toutes les organisations cyclistes ET les cyclistes derrière un esprit, une philosophie de cohabitation pacifique entre les usagers de la route urbaine.
Voilà ce qu’est « Une porte une Vie ».

Le visage urbain de Montréal a considérablement changé ces dernières années. Plus particulièrement, les réalités nouvelles en matière de déplacement de la population citadine ont fortement modifié les besoins concernant les infrastructures routières et les aménagements urbains. Nous l’avons tous remarqué, d’année en année, les citoyens sont de plus en plus nombreux à faire le choix de se déplacer de manière active, c’est-à-dire en vélo, à pied, ou par l’utilisation d’un savant cocktail de transport, l’intermodalité citoyenne, comme j’aime à l’appeler.

L’évolution du choix des modes de transport urbains se cristallise, notamment en saison d’ouverture des pistes cyclables, par l’apparition d’un grand nombre de cyclistes sur nos routes, malgré leur état délabré par un hiver souvent long pour la majorité d’entre nous. Automobilistes l’hiver, certains viennent de vivre un long moment de solitude et il faudra donc rapidement composer avec la présence d’une masse toujours plus conséquente de cyclistes.

C’est dans ce contexte qu’ « Une porte une Vie » tient à sensibiliser l’ensemble des usagers de la route à un problème majeur, récurrent et grandissant : l’emportiérage, néologisme francisant le terme anglais consacré, le « dooring ». Cela consiste en un accident mettant en scène un cycliste et un conducteur d’automobile ou ses passagers. L’un ouvre sa portière, ne prend pas la peine de regarder ses angles morts, ses rétroviseurs… un cycliste arrive… il n’a pas le temps de réagir… il se retrouve à l’hôpital, traité pour de graves blessures, s’il n’en meurt pas, dans certains cas.

Selon le SPVM, des 105 emportiérages rapportés en 2013, 67 ont causé des dommages corporels graves au cycliste. Parmi ces derniers, 2 sont morts des suites de leurs blessures.

Deux morts en une seule année. Ce pourrait être n’importe qui. Un enfant qui suit ses parents sur le chemin de l’école, une femme en début de grossesse, un étudiant qui se construit un avenir, par exemple. Mais c’est aussi et surtout une personne. Un être humain qui a une histoire, un patrimoine, une famille, des rêves, et qui appartient à notre communauté. On ne peut jamais être fier de la mort d’une personne; on ne peut pas la passer sous silence non plus. Une personne, dans notre communauté, selon nos valeurs, c’est important.

« Une porte une Vie » a donc pour objectif de sensibiliser au respect de la vie humaine. Elle a aussi pour but de faire en sorte que ce genre d’accident ne se reproduise pas.

Certains en appèleront à l’application des dispositions légales existantes. Notamment, le Code de la sécurité routière impose à l’automobiliste de « [s’]assur[er] qu’il peut [ouvrir sa porte] sans danger ». À cela s’ajoute une sanction, à savoir une amende – bien minime je vous l’accorde – pouvant aller de 30 à 60$. D’autres en appelleront à la méchanceté des automobilistes. Entre nous, qui pourrait avoir autant de plaisir à ouvrir sa portière avec la ferme intention de liquider l’un d’entre nous ? Enfin, les derniers évoqueront, non sans gène, la responsabilité du cycliste : « Il n’a rien à faire sur la route, pis… il n’a qu’à regarder devant lui! ».

« Une porte une Vie » veut démontrer que nous sommes capables, en tant qu’êtres intelligents, de vivre ensemble sur nos routes aussi. Il s’agit d’abord et avant tout de chercher à vivre ce que je nomme une « cohabitation pacifique », emprunte de civisme, de prudence, de diligence et de respect.

Respect des uns pour les règles élémentaires de circulation trop souvent bafouées, comme le fait de traverser des intersections aux lumières vertes, ou encore celui d’arrêter aux arrêts-stop lorsqu’un «cohabitant» croise leur chemin. Respect des autres aussi pour les règles élémentaires de civisme, comme le fait de ne pas klaxonner dans une rue étroite pour signifier son impatience à un co-usager de la route qui a fait un choix différent pour se déplacer, comme celui de vérifier ses angles morts lors d’un virage à droite ou à gauche, comme celui de considérer la présence de pistes cyclables comme un espace de sécurité nécessaire à la survie d’une partie de la population, mais aussi et surtout, comme celui de s’assurer qu’un cycliste ne risque pas, en aucun cas raisonnablement prévisible, de se retrouver projeté dans les airs puis alité pour un long moment, si ce n’est définitivement forcé au repos.

Pierre Rogué, coordonnateur et porte-parole « Une porte une Vie »